J’ai fait le Santa-Cruz en solo, ou presque! [Partie 1]


English version here!


Avant-propos

OK guys, ça fait plus de deux semaines que je suis à Huaraz, plus de dix jours que je n’ai pas publié d’articles, et il est temps de faire un point! Pour être honnête j’en ai un bon paquet encore dans les cartons, qui ne méritent que quelques ajustements avant de pouvoir être publiés, et la plupart d’entre eux porte toujours sur Lima. Autant dire que selon moi, contrairement à ce que vous pourrez entendre, cette ville mérite vraiment qu’on lui accorde du temps.

Mais là il y a plus urgent! Parmi toutes les excursions envisageables lorsqu’on loge à Huaraz (dont un certain nombre que j’ai eu l’occasion de faire puisque j’y suis depuis un bon moment, et je sais que c’est toujours le même refrain, mais promis je vous les raconterai dans un autre article, moins en détails) il y en a une qui sort du lot: le Trek du Santa-Cruz! Et il faut absolument que je vous raconte cette aventure tant que c’est encore chaud, parce que c’était une expérience exceptionnelle! Mettons juste rapidement les choses en place. Enfin un petit nombre de prérequis, puisque vous aurez plus de contexte sur Huaraz et ses environs dans un autre article.

  • Huaraz est une assez grande ville située à 3000m d’altitude, à l’entrée d’un massif montagneux qu’on appelle la Cordillera Blanca (pas besoin de traduction j’imagine), qui fait lui-même partie de la Cordillère des Andes.
  • La ville en elle-même n’est pas réputée pour être particulièrement intéressante d’un point de vue touristique. On peut quand même s’y plaire hein! C’est d’ailleurs mon cas, à tel point que j’ai du mal à me décider à en partir, mais d’un point de vue visites, histoire, architecture etc, la ville n’a au premier abord pas énormément à offrir.
  • Cependant Huaraz est située juste à côté du parc Huascaran, un parc national classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour protéger les richesses de la nature dont regorge la cordillère blanche. Vous pouvez donc facilement imaginer qu’on trouve dans ce parc des endroits magnifiques, et que Huaraz étant la grande ville du coin, elle s’est retrouvée à servir de point de départ aux différentes excursions permettant de découvrir ces lieux. D’où un afflux touristique assez important!
  • Parmi toutes les excursions envisageables dans la cordillère blanche, il y en a une en particulier dont vous ne manquerez pas d’entendre parler si vous vous dirigez vers Huaraz: le Santa-Cruz. En ce qui me concerne je me rendais à Huaraz sans jamais avoir entendu ce nom (d’ailleurs je ne sais même plus comment j’ai choisi de me rendre dans cette ville; j’avais dû voir des photos de la laguna 69 sur internet puis décidé de me rendre à Huaraz en comprenant qu’il fallait y passer pour voir la laguna), et c’est un jeune couple de français rencontré en prenant le bus entre Lima et Huaraz (coucou à vous si vous passez par là!) qui m’en a parlé pour la première fois.
  • Pour la plupart des randos, le schéma classique consiste à passer par l’un des innombrables tour-opérateurs présents à Huaraz, qui ne manqueront pas de vous aborder dans la rue si vous passez devant leur boutique en marchant un peu trop lentement. Et je ne m’en plains pas puisque c’est au final de cette manière que j’ai visité la laguna 69, et c’était super! Il faut d’ailleurs savoir que ce n’est pas un piège à touristes (en général en tout cas!), c’est juste qu’il y a toute une logistique à mettre en place pour beaucoup de ces randonnées (ou visites) dont le point de départ est souvent un tout petit village situé à plusieurs dizaines de kilomètres de Huaraz, et dont le point d’arrivée est parfois différent du point de départ. C’est pour cette raison que les hôtels et auberges de jeunesse font pour la plupart office d’intermédiaires avec ces tour-opérateurs.

Quand j’incruste une carte comme ci-dessus, vous avez d’une part l’échelle en kilomètres en bas (à coté de « Conditions d’utilisation », sauf peut-être sur mobile), et d’autre part l’icône en haut à gauche (à gauche du nom de la carte) qui affiche la liste détaillée des points que j’ai marqués, des lignes que j’ai tracées, etc. Donc des informations potentiellement utiles 😉

Voilà je pense qu’on est bon pour les prérequis. Entrons donc maintenant dans le vif du sujet: le Santa-Cruz! Tout comme les autres excursions, il s’agit d’un trek qui se fait généralement en passant par une agence de tourisme. Déjà parce qu’encore une fois il faut se rendre loin de Huaraz et que la rando se termine dans un autre petit village paumé que celui dans lequel elle a commencé (donc même si vous avez votre propre voiture vous ne gagnez pas grand chose). Mais aussi parce que c’est une excursion qui dure 4 jours, qu’il n’y a pas de refuges sur le trajet (donc on est en autonomie complète pendant toute la rando), et qu’on passe par des altitudes assez élevées, ce qui est en grande partie responsable de la relative difficulté du trek! Les tour-opérateurs mettent donc à votre disposition un guide, la nourriture, des ânes pour porter tout le matos nécessaire…

Mais vous me connaissez, je n’aime pas faire les choses comme tout le monde… En réalité je ne sais plus exactement pourquoi j’ai commencé à envisager de faire le trek tout seul, mais c’est un mélange des choses suivantes:

  • J’avais l’impression que passer par une agence de tourisme rendait l’aventure moins authentique; que c’est un peu comme si on me prenait par la main pour me montrer en quoi consistait le Santa-Cruz, mais qu’il y avait donc un intermédiaire entre l’aventure et moi. Si vous voulez un parallèle je voyais ça un peu comme la différence entre voir des animaux dans un zoo et les voir dans leur habitat naturel (même si c’est extrêmement exagéré comme comparaison).
  • L’opportunité de me retrouver tout seul en pleine nature, pendant plusieurs jours, sans dépendre de qui que ce soit et en ne comptant que sur moi-même, était forcément un peu plus séduisante pour mon côté asocial que l’idée qu’il faudrait essayer de profiter du voyage tout en faisant l’effort de m’intégrer à un groupe si je passais par un tour-opérateur (attendez la suite avant de froncer les sourcils).
  • Qui dit randonnée en groupe dit décisions collectives, notamment en ce qui concerne l’itinéraire. Autrement dit je n’aurais pas été à même de décider seul si j’allais faire un détour me permettant de voir d’autres paysages que ceux du chemin principal.
  • Faire ce trek tout seul représentait un sacré challenge d’un point de vue sportif, et même humain. Je pense que cette composante était l’une des plus importantes dans mon choix, à tel point que j’en oubliais parfois de profiter des paysages tant j’étais focalisé sur « l’épreuve » que j’étais en train de surmonter. Encore une fois on est en autonomie complète pendant 4 jours; il faut être capable de ne compter que sur soi même, dans un environnement auquel la majeure partie d’entre nous n’est vraiment pas habituée! Et ça peut paraître con dit comme ça, mais vous verrez par la suite que c’est pas si simple! L’idée que des ânes allaient porter une bonne partie du matériel dont j’avais besoin rendait donc le challenge beaucoup moins…challenging! Ou alors il aurait fallu que ce soit des ânes dont je m’occupe moi-même, tout en m’assurant de leur bien être etc, et voyez-vous, je n’envisage pas vraiment de me reconvertir en muletier! Idem avec l’idée que quelqu’un allait me faire la cuisine: j’aurais tout de suite moins eu l’impression d’avoir survécu grâce à mes propres efforts.
  • Et enfin, on va pas se mentir, faire le Santa-Cruz en solitaire ça en jette! Justement parce que c’est un sacré challenge.

Petite parenthèse, puisqu’on est sur le thème de la survie en autonomie, pour vous recommander cette chaîne Youtube: Primitive Technology. En gros c’est un mec tout seul dans la forêt (jusque là rien d’exaltant je vous l’accorde) qui fabrique tout ce dont il peut avoir besoin pour survivre, en se servant uniquement des matériaux qu’il trouve sur place. Autrement dit on est à un tout autre niveau: là où moi j’avais amené une tente, et des couverts pour manger (par exemple), lui il fabrique une maison, avec à l’intérieur un système de chauffage; il construit une forge, et il extrait du métal à partir du sol… Et au cours d’une autre rando j’ai rencontré une meuf qui venait de Russie et qui connaissait cette chaîne; c’est con mais j’ai trouvé ça trop cool! Bref, on s’en fout un peu… Fin de la petite parenthèse!

Bon petit bémol quand même, je ne suis pas fou: des gens qui font le Santa-Cruz en solo il y en a plein. Il n’y a pas non plus besoin d’être superman, et je me suis d’ailleurs inspiré de ce blog, puis de celui-ci, lors de ma préparation. Et c’est d’autant moins dangereux qu’il y a quand même de fortes chances de croiser des gens le long du trajet, puisque c’est un trek assez renommé. Mais à mon niveau ça reste un sacré défi!


Préparatifs

Avant de vous raconter le déroulement du trek jour après jour, je vous propose un rapide topo sur l’itinéraire et sur ma préparation, en commençant par une petite anecdote. Cette dernière implique de spoiler quelques moments forts de cette rando, mais on s’en fout, puisque j’ai finalement décidé de ne pas soumettre le scénario à Netflix 😛

Dans la mesure ou j’avais choisi de faire le trek en solitaire, il me fallait louer du matériel: tente, sac de couchage, matelas de camping, et réchaud. On m’a prêté un sac de couchage avant mon départ pour le Pérou, mais il n’est pas à même d’affronter les températures relativement froides que l’on peut rencontrer lors de ce trek. Quant à la tente et au reste ça aurait clairement été un gâchis de place dans mon sac de les amener depuis la France, puisqu’il est possible de les louer les rares fois où j’en ai besoin. Je me suis donc mis en quête de magasins où il était possible de louer mon matériel, et après quelques essais infructueux, j’ai fini par réussir à me faire orienter vers une enseigne où je pourrais louer plutôt qu’acheter. Sauf qu’au final il s’agissait plutôt d’une agence qui organisait des excursions, et louer du matériel n’avait pas tellement l’air d’être dans leurs habitudes… Et non ce n’est pas ça l’anecdote, ça serait vraiment nul sinon; un peu de patience!

Après avoir expliqué ma situation à cette agence, ils finissent par envisager de me louer du matos, et me donnent un prix complètement improvisé sur le moment, en détaillant quand même à combien reviennent la tente, le sac de couchage, etc. Mais je les trouvais peu aimables, très froids, et leur prix me semblait cher. Avec du recul je me rend compte que ça ne l’était pas vraiment (~60€ pour 4 jours), mais disons qu’on s’habitue à ce que tout soit très peu cher ici…de sorte que je leur ai dit que je voulais comparer avec leurs concurrents, et me suis empressé d’aller voir ailleurs. La seconde enseigne dans laquelle je me suis rendu m’a beaucoup plus plu: ils étaient très pros, louer du matos faisait clairement partie de leur business, et leur prix était très intéressant. D’autant plus qu’entre temps, des amis rencontrés à Huaraz (ceux qui tiennent le restaurant où l’on peut payer en bitcoins, juste à côté de mon hôtel, mais ceci est une autre histoire…) m’avaient dit qu’ils pouvaient me prêter tout le nécessaire pour la cuisine. Je suis donc ressorti de ce deuxième magasin avec tout mon matériel de camping; ouf, parce qu’il commençait à être un peu tard et que je comptais commencer la rando le lendemain matin.

Effectivement, cette photo n’a rien à faire là!
Il me fallait juste quelque chose pour combler, qui soit sympa, mais pas trop, histoire de ne pas détourner votre attention de ce que je suis en train de raconter…donc voilà des bébés ânes super mignons que j’ai croisés au cours de la rando!
…Quoique je pourrais en profiter pour dire que les ânes qui portent le matériel des randonneurs étaient peut-être eux aussi mignons comme ça quand ils étaient bébés…vous voulez vraiment leur faire porter vos sacs de 50 kilos? 😛

Et c’est maintenant que je vais devoir spoiler un peu. Au cours de la rando, le deuxième jour pour être exact, j’ai rencontré un groupe de randonneurs, qui eux s’étaient lancés dans le Santa-Cruz en passant par un tour-opérateur, donc avec guide, ânes, etc etc. Forcément, puisque on était tous dans la même galère, on a commencé à discuter, et le courant est super bien passé. Tellement bien passé qu’à la fin je faisais plus ou moins partie du groupe: on a quasiment marché une journée et demie ensemble (jusqu’à ce que je prenne un itinéraire un peu différent du leur), je me suis incrusté sur les photos de groupe, et, sur le retour, j’ai eu droit à ma place dans le bus du tour-opérateur pour revenir à Huaraz, alors que je n’avais rien payé! J’ai même été invité à prendre un verre avec le groupe (guide inclus), le soir du retour à Huaraz, dans un bar situé juste en face de la boutique du tour-opérateur (le rendez-vous étant fixé à 19h devant cette dernière).

En arrivant à Huaraz, un peu gêné par tant de gentillesse, j’ai bien évidemment aidé à décharger le bus et à porter tout le matériel jusqu’à la boutique. Et là, quelle ne fût pas ma surprise, où devrais-je plutôt dire mon malaise, en constatant que l’agence devant laquelle le guide m’indiquait de déposer le matos, se trouvait justement être celle dans laquelle j’avais essayé de louer mon matériel au début, et que je n’avais pas quittée en très bon termes… Évidemment j’ai eu droit à un regard légèrement dédaigneux de la part de celui qui avait quelques jours auparavant été mon interlocuteur. Heureusement qu’il y avait Isabella, cette brésilienne super cool avec laquelle j’avais vachement sympathisé pendant la rando (et à cause de laquelle j’envisage maintenant d’inclure un passage par le Brésil dans mon itinéraire!), de sorte qu’il y avait quelqu’un à qui je pouvais discrètement faire part de mon malaise!

Voilà, c’était ça la petite anecdote, pour ceux qui n’auraient pas compris!
Mais revenons-en à des considérations un peu plus organisationnelles: après avoir loué mon matériel de camping dans la boutique Akilpo (je poste le lien, ça peut toujours être utile!) il me restait encore quelques courses à faire, notamment la nourriture (pâtes, barres de céréales, fruits secs, etc), et quelques gadgets à acheter, genre une gourde, ou une montre, même si j’en avais déjà amené quelques-uns depuis la France (jumelles, boussole, …). Je ne vais pas trop rentrer dans les détails ici, et posterai plutôt en bas de page un lien vers la liste complète que j’avais faite, une fois que je l’aurai un peu mise en forme; ça aussi ça peut être utile (pour moi en tout cas)! Sachez juste que j’avais un petit ustensile qui fait vraiment la différence: la Lifestraw. Il s’agit d’une paille filtrante qui permet de boire l’eau de presque n’importe quelle source en rando, et c’est vraiment hyper pratique! En théorie je n’avais donc quasiment pas besoin d’apporter d’eau. Mais bien évidemment dans mon extrême prudence j’ai quand même amené 3 litres d’eau minérale, entre ma gourde et les bouteilles… Idem pour la nourriture: non seulement il m’en restait pour au moins deux jours à la fin de la rando, mais en plus je n’avais pas réussi à tout faire rentrer dans mon sac, de sorte que j’avais dû en laisser une partie à l’hôtel (oui j’ai tout le temps peur d’avoir faim^^).

Parlons maintenant un peu de l’itinéraire: ça aussi c’est important quand même!
Il faut savoir qu’il existe plusieurs alternatives à l’itinéraire que je vous présente ici, notamment la possibilité de faire le trek dans l’autre sens, ainsi que des détours permettant de rallonger le trek. Ce que je vous explique correspond donc uniquement à ce que j’ai fait, mais c’est l’itinéraire le plus classique.

  • « Mon » Santa-Cruz commence donc dans un petit bled paumé qui s’appelle Vaqueria (altitude environ 3500m), et se termine 4 jours (3 nuits) plus tard dans un autre petit bled paumé, Cashapampa (altitude environ 2900m).
  • Le point culminant, nommé Punta Union, est atteint le deuxième jour, et se situe à une altitude de 4750 mètres. C’est quasiment aussi haut que le Mont-Blanc, qui est un peu la référence pour les français… Ce passage promet une vue spectaculaire, si la météo le permet, sur tous les sommets environnants (notamment l’Artesonraju qui culmine à 6025m et aurait inspiré le logo de la Paramount), ainsi que sur le somptueux lac Taullicocha! Et sachez que ces noms, dont beaucoup sont des mots en Quechua, et que je mets ici uniquement par soucis d’exactitude car j’ai moi-même du mal à m’en souvenir, seront illustrés plus loin par de belles photos 🙂
  • Le troisième jour, un détour assez classique de quelques heures permet de se rendre sur les rives d’un autre lac de montagne, l’Arhuaycocha, tout aussi magnifique que le précédent, et d’où l’on a aussi une vue splendide (encore une fois si la météo le permet) sur l’Alpamayo, considérée par certains comme la plus belle montagne du monde, et à laquelle les alpinistes les plus chevronnés (mais sûrement pas moi!) vont se frotter!
  • Suite à ce petit détour on redescend pour aller camper à Llamacorral, situé à 3800 mètres d’altitude, et on termine le lendemain en rejoignant en 3 heures environ le petit village de Cashapampa.

Enfin, puisque le trek ne commence ni ne se termine à Huaraz, il y a évidemment une composante transports en commun pour se rendre au point de départ de la randonnée à proprement parler, ainsi que pour revenir de Cashapampa jusqu’à Huaraz le dernier jour. Mais je préfère inclure ceci dans le récit « jour après jour », puisque pour moi, ça faisait partie intégrante de l’expédition, et non pas des préparatifs.

La carte ci-dessus est une carte topographique, c’est-à-dire qu’elle fait apparaître le relief. Et si vous arrivez à zoomer de la bonne manière (autrement-dit suffisamment mais pas trop; pas évident…), vous avez même les lignes de niveaux qui apparaissent, ce qui permet de se rendre compte d’où sont les passage difficiles, quel(s) jour(s) on parcourt le plus de dénivelé, etc… Pour ceux que ça intéresse 😉 Aussi, ça n’apparaît pas sur la Google Map, mais presque tout l’itinéraire longeait des rivières ou torrents. C’était à la fois très sympathique, et pratique.

Nous voici donc fin prêts pour aborder cette célèbre randonnée, alors accrochez vos ceintures parce que ça va secouer! Bon j’en fais peut-être un peu trop…tout ça pour dire que ça y est j’arrête le teasing: dans la partie suivante je vous raconte comment ça s’est passé!


Jour 1 – Un début difficile!

♪♪♪Theme songs♪♪♪
Hymn #101 – Joe Pug
Oyasumi – Lomepal
Piany Pianino – Thylacine

Avant mon départ pour le Pérou on m’avait offert deux carnets de voyage. C’était une superbe idée de cadeau, et chacun d’eux avait d’ailleurs été agrémenté d’un petit mot sur les premières pages écrit par la personne qui me l’a offert, ce qui rajoutait une touche personnelle que j’ai énormément appréciée, alors encore merci. La raison pour laquelle je vous fais part de ceci est que j’avais emmené l’un de ces carnets avec moi pendant le Santa-Cruz, et que pour vous raconter le début de la rando, je propose de vous recopier ici ce que j’ai écrit dans le carnet le premier soir…

Mes carnets de voyage.

Le 12/02/20: Premier jour du Santa-Cruz

17h50: Enfin posé « au chaud » dans la tente. Pas si difficile que ça à monter!!!

Je suis mort; vraiment je n’en peux plus! En montant la tente, chaque fois que je me relevais, j’avais l’impression que j’allais tomber dans les pommes! Il faut dire que j’ai dormi moins d’une heure la nuit dernière. Pas terrible la veille d’un trek. La faute à mon organisation merdique: j’ai fini de préparer mon sac à ~4AM.

Le départ du collectivo était à 5h30…

Et la journée a été très longue, transport de Huaraz à Yungay, puis vers Vaqueria dans un autre collectivo (très long et mouvementé). Puis la marche en elle-même: je ne me suis pas arrêté au premier site de campement, j’ai poussé jusqu’au second, ou troisième (c’est pas vraiment officiel) pour gagner un peu de temps pour demain, qui est censée être une marche beaucoup plus difficile. Je sais pas comment je vais faire, mon sac est beaucoup trop lourd, ça me fait un peu bader. J’en ai déjà des courbatures aux épaules (ça m’est difficile d’écrire!), et j’ai l’impression que ça me tasse le haut de la colonne quand je marche avec. Pourtant il est bien réglé, et j’ai fait quelques concessions dans ce que j’ai amené, mais il est juste…trop lourd. Je me rassure en me disant qu’il est censé s’alléger au cours de la rando.

J’ai une flemme incommensurable de faire à manger, mais il faut que je m’y mette rapidement, j’ai besoin d’énergie, et de dormir. Encore merci à Moisés pour tous les ustensiles et le réchaud, ça m’arrange vachement et ils sont hyper pratiques! A plus!

PS: Altitude ~4020m
PS2: Les paysages étaient magnifiques, et la faune tellement impressionnante!!! Mais j’en parlerai une autre fois (ça le mérite vraiment) là je suis trop crevé!!!

Extrait de mon carnet de voyage, écrit après avoir monté la tente le premier soir.

Et un peu plus tard, une fois la nuit tombée et mon ventre rempli, comme vous pouvez vous en douter d’après le contenu et le ton un peu plus enjoué:

C’est à la fois badant et trop stylé de camper solo en plein milieu du park du Huascaran. Espérons qu’une vache, un alpaca, un cheval ou un anne (mdr pas fait exprès), un âne donc, ne va pas venir manger ma tente pendant la nuit!

Toujours mon carnet de voyage, et oui je recopie à la faute d’orthographe et à la rature près, pour essayer de rendre ça un peu authentique 😛

Comme vous l’aurez compris, le premier jour a été plutôt difficile. Principalement à cause du poids du sac. Mais je ne sais pas dans quelle mesure la fatigue a joué aussi. La journée avait en effet commencé vers 5 heures du matin en prenant un collectivo pour aller de Huaraz à Yungay (une autre ville qui comme Huaraz fait un peu office de porte d’entrée vers le parc du Huascaran, mais moins importante que Huaraz, bien que plus proche d’un certain nombre d’expéditions). Au cas où, les « collectivos », que je crois qu’on appelle aussi « combis », puisque je n’ai pas relevé de différence entre les deux, sont des espèces de vans/mini-bus. Ils constituent le principal moyen de transport en commun ici. Et mieux valait ne pas prendre ce dernier trop tard, car le trajet est un peu long et une fois à Yungay il faut changer de collectivo pour aller jusqu’à Vaqueria, le vrai point de départ de la rando. Or pour ce second collectivo, il n’y a que deux départs par jour. Ce qui se comprend car Vaqueria et les autres arrêts sont en réalité des tout petits « villages », donc il ne doit pas y avoir énormément de demande.

Ce second collectivo passe par une route non bétonnée et très accidentée, d’où le « mouvementé » que j’ai écrit dans le carnet: ça secoue vraiment dans tous les sens et il faut le vivre pour comprendre! Mais le trajet offre une vue splendide sur bon nombre de montagnes, falaises et lacs d’altitude, dont notamment les lacs Llanganuco, d’où commençait autrefois le Santa-Cruz avant que la « route » ne soit prolongée. On met près de 3 heures à atteindre Vaqueria, donc on est un peu assommé d’avoir été secoué pendant si longtemps en arrivant, mais cela m’a permis de faire connaissance avec deux israéliens dans un premier temps, puis d’avoir une longue conversation avec une péruvienne qui vit dans un petit village encore plus loin que Vaqueria dans un second temps. Avec cette dernière on a parlé de plein de choses, en commençant par le bétail et la taille des vaches (qui sont moins grosses ici qu’elles ne le sont en France), pour en arriver à l’importance de l’immigration italienne (ou dans un autre registre vénézuélienne) au Pérou, en passant par une discussion sur nos familles respectives, la langue Quechua, ou encore une comparaison des croyances religieuses en France et au Pérou. C’était très intéressant.

Les deux israéliens quant à eux, s’étaient rencontrés quelques jours auparavant au cours d’un autre trek beaucoup plus hardcore, le Huayhuash. Ils n’avaient pas l’intention de faire le Santa-Cruz, mais de dévaler en VTT les montagnes que nous venions juste de monter en collectivo, ce qui promettait aussi des sensations d’enfer! Ils sont donc descendus une fois le point culminant du trajet atteint (nommé « Mirador: Lagunas Llanganuco » sur la carte un peu plus haut), bien avant Vaqueria. En comprenant que leurs vélos étaient attachés sur le toit du combi, probablement par dessus tous les sacs, et notamment le mien, j’ai commencé à me dire que ce liquide brunâtre qui coulait sur la vitre depuis un moment devait signifier que les briques de Candy-Up dans mon sac avaient été percées (oui je sais j’emmène pas les « aliments » les plus légers 😛 ); j’ai vraiment flippé! Finalement, en arrivant à Vaqueria tout allait bien dans mon sac, et j’ai alors pu commencer la rando l’esprit tranquille.

Lorsque je descends enfin du combi à Vaqueria, et que je commence à marcher, l’idée que j’entame pour de vrai ce trek de 4 jours, en autonomie complète (je m’imaginais encore à ce moment là que je n’allais peut-être croiser personne pendant toute la rando!) devient subitement beaucoup plus concrète, et c’est une drôle de sensation: un peu surréaliste, et assez semblable à celle ressentie lors de mon départ au Pérou lui-même, mais dans une moindre mesure.

Concernant la marche, on entame pas tout de suite l’ascension vers Punta Union, mais au contraire ça commence par descendre assez rapidement, de sorte qu’on se dit que la montée fera forcément plus mal derrière… On passe lors de cette remontée dans des petits hameaux, dont je ne sais pas vraiment s’ils font partie de Vaqueria, mais où l’on croise différents animaux d’élevage en quasi liberté: moutons, chèvres, poules, ânes, et toutes sortes de cochons! Je ne savais pas qu’il existait une telle variété de ces derniers, et les plus gros d’entre eux sont parfois tellement calmes qu’on ne les remarque pas…jusqu’à ce que vous passiez à côté, moment auquel ils pourront alors vous faire sursauter avec leur grognement (mais non, je n’essaierai pas de vous faire croire que ce sont des cochons de garde, promis).

Ensuite les hameaux deviennent de plus en plus épars, jusqu’à disparaître totalement, et on atteint peu de temps après un poste de contrôle pour acheter son ticket, permettant d’entrer dans le parc du Huascaran à proprement parler. Et c’est là, dans une immense prairie qui permet de se reposer un peu car on marche alors presque sur du plat, qu’on commence à rencontrer l’impressionnante faune que j’évoque dans mon carnet! Je pense que c’était la première fois que je voyais des chevaux en toute liberté! Je veux dire, ils n’étaient pas dans un enclos, aussi grand soit-il, ni même temporairement autorisés à galoper dans un espace ouvert, non, ils vivaient là! Dans cet immense espace où personne ne venait les embêter (en supposant que les visiteurs du Huascaran sont respectueux et pas trop nombreux, ce qui était clairement le cas ce jour-là, puisque je n’y ai croisé que deux personnes, dont la première semblait travailler pour la gestion du parc).

Pour autant les chevaux n’étaient pas les seuls habitants de cette immense prairie délimitée par les montagnes environnantes: moutons, ânes, mais surtout vaches et taureaux y sont aussi présents. Il me semble même y avoir vu deux lamas jouer à chat (ou en tout cas se courir après 😛 ).

Les paysages étaient très jolis aussi: les montagnes aux reliefs accidentés, encore envahies à cette altitude par les Polylepis (« la plante vivant le plus haut au monde et possédant un tronc » selon Wikipédia), les innombrables petites cascades que l’on aperçoit au loin dévalant ces mêmes montagnes, les ruisseaux qui se faufilent au milieux des herbes de la prairie de manière parfois tellement discrète qu’il faut avoir l’œil pour les repérer, ou encore toutes ces pierres rougeâtres que l’on voit par endroits dans les rivières, probables fruits d’une oxydation dont je ne connais pas l’origine. Mais à ce stade je préfère vous laisser avec les photos, qui ne suffisent pas à rendre honneur à ce que j’ai vu (et quelque part c’est tant mieux comme quelqu’un me l’a récemment dit, sinon ça ne vaudrait même plus la peine de visiter), mais qui le feront déjà un peu mieux que mes mots, malgré tous mes efforts.

Tous d’abord quelques-uns des animaux dont je vous parlais:

Puis quelques photos des paysages:

Au bout d’un moment, on fini par sortir de ces immenses prairies, et le sentier recommence alors à grimper de manière un peu plus nette, à mesure que la végétation se densifie de nouveau, et que l’on approche de la fin de la première journée de marche. Comme il me semble l’avoir déjà dit…(quand tu ne te souviens plus de ce que tu as déjà dit ou non dans l’article c’est que celui-ci commence à être trop long…mais rassurez-vous c’est bientôt fini!). Comme je l’ai peut-être déjà dit donc, il y avait plusieurs lieux de campement envisageables pour chaque jour, dont en général un particulièrement évident indiqué par une pancarte (appelons-le « campement officiel »), et d’autres petits sites de campement moins officiels mais potentiellement plus sympathiques, car moins fréquentés (quoique, en cette saison, il n’y avait vraiment pas grand monde de toute manière). Attention alors à ne laisser aucune trace de son passage!

J’avais initialement prévu de camper assez loin le premier jour, ce qui m’aurait permis d’entamer sérieusement la montée vers Punta Union, afin de faciliter la seconde journée que j’appréhendais tant, et de pouvoir éventuellement terminer le trek en 3 jours au lieu de 4. Mais étant donné l’état dans lequel j’étais à ce moment là, j’ai vite compris qu’il allait falloir changer mes plans. Il n’était quand même pas question de m’arrêter au premier campement (le campement officiel), et puisque le second était très rapidement atteint, je me suis dit que je pouvais essayer de pousser encore un peu plus loin. J’ai d’ailleurs été rattrapé au niveau de ce second campement par un autre randonneur (c’est lui la deuxième personne que j’ai croisée dans le parc ce jour là), qui marchait à un rythme impressionnant, et qui m’a expliqué qu’il faisait partie d’un groupe mais avait tout de même choisi de porter son propre matériel; respect…j’ai compris par la suite que c’était une machine! Le groupe, qui devait bien avoir 5 minutes de retard par rapport au mec en question, allait justement s’arrêter pour camper sur ce second site, ce qui m’a conforté dans l’idée de pousser jusqu’à un troisième!

Atteindre ce troisième campement aura été l’un des moments les plus difficiles de la rando (mais quand même pas LE plus difficile hein!). Il était plus loin que je pensais du précédent (à environ 1,5 kilomètres, voir photos ci-dessous), je commençais à trébucher sur les pierres (non pas parce que le chemin était compliqué mais juste parce que j’étais crevé), et à la fin j’ai regardé sur le GPS la distance qu’il me restait à parcourir, convertit ça en nombre de pas, et me suis mis à compter mes pas pour ne plus penser à la fatigue! C’est un peu chelou j’avoue…mais je fais des trucs comme ça depuis que je suis petit: je compte pour m’endormir parfois aussi, et pas les moutons comme on dit aux enfants, moi je compte les secondes…bref 😆

J’ai atteint le campement au bout de 190 pas si je me souviens bien, et l’ai même dépassé sans le voir au début, tant il semblait anodin par rapport aux précédents.

Vous connaissez la suite: j’ai monté la tente plus facilement que je ne pensais, je m’y suis écroulé, puis j’ai commencé à écrire dans mon carnet. Mais puisque cet article commence à être assez long, je propose qu’on s’arrête ici, sur les photos de ma demeure d’un soir. Et je vous raconterai les 3 jours restants une autre fois! Ok? … Évidemment puisque vous n’avez pas le choix!

A suivre…


PS: Une dernière remarque avant de vous laisser quand même! Si vous êtes un peu frustrés de ne pas avoir vu de splendides photos des lacs d’altitude, glaciers, et montagnes dont je vous ai tant parlé: rassurez-vous, ça arrive dans la deuxième partie de cet article! C’est juste que nous n’en sommes qu’au premier jour et que les paysages les plus impressionnants se sont présentés les jours suivants (et aussi qu’au début j’essayais d’économiser la batterie de mon cellulaire, qui me servait de GPS, puisque je suis parti sans carte). Par ailleurs tous ces prérequis me paraissaient nécessaires pour que vous puissiez vous imprégner de l’état d’esprit avec lequel je me suis lancé dans ce trek 🙂

4 commentaires sur « J’ai fait le Santa-Cruz en solo, ou presque! [Partie 1] »

  1. Mon fils tu me fais rêver. J’ai hâte de lire la suite. Je suis admirative. Ta détermination et ton courage confirment ce que je pense de toi « Je te connais comme si je t’avais fait » Je pense à toutes les personnes qui doivent particulièrement apprécier de te lire. Particulerement je suis sûre une personne qui t’a passé sa passion de la montagne, des sommets, de la randonnée d’altitude et du défi. Cela m’amuse car franchement tu tiens beaucoup de cette personne au même age😘👍😂😉
    Sur ces mots, continue à en profiter un maximum.

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    1. J’attendais que quelqu’un relève l’emploi de « cellulaire », merci haha!
      Non ce n’est pas le fait de fréquenter des québecois (je n’en ai rencontré qu’un(e) pour l’instant, et d’ailleurs je savais pas qu’ils disaient cellulaire!). C’est juste que j’entends souvent « celular » (en espagnol) ici donc les rares fois où je parle français il m’arrive de buguer et de dire cellulaire! Mais j’avoue qu’en l’occurence c’était un peu intentionnel 😉

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